Ne tirez pas sur le maître - lettre à Thomas
La remise en question de l'autre contient la remise en question de quelque chose d'autre. Souvent, ce qui est reporté l'est en omettant de prendre en considération le postulat qu'une histoire n'est qu'un corps d'hypothèses. .
Combien de demandes d'entretien qui me sont faites se soldent-elles, dans la majorité des cas, par la remise en question du maître ? Un grand nombre, ce qui prouve l’importance de la relation de maître à disciple dans la pratique du Zen.
La question de la cohérence entre ce qu’enseigne le maître et ce qu'il fait est récurrente. En écoutant bien, un autre discours sous-jacent se laisse parfois entendre. La remise en question de l'autre contient la remise en question de quelque chose d'autre. Souvent, ce qui est reporté l'est en omettant de prendre en considération le postulat qu'une histoire n'est qu'un corps d'hypothèses. Un corps d'hypothèses qui cherche une réponse qui se solde dans la facilité d'un jugement porté sur celui à qui l'on fait endosser la cause de notre contresens. Alors que la véritable question pourrait être celle-ci : "il ya quelque chose dans ma relation de maître à disciple que j'ai construit qui m'empêche d'être bien avec elle - la relation". Parfois on n'a pas su, peut être, prendre une juste distance. Alors que cette distance permettrait de se créer une histoire avec du sens. Mais la création de cette histoire n'est pas si simple, car parfois il y a apparition de ce que l'on a enfoui, oublié, omis de prendre en considération. Trop souvent, dans ce qui m'est rapporté de la relation de maître à disciple avortée, s'est jouée une pièce que l'on pourrait nommer "phantasme, désir et réalité", dans laquelle se trame souvent le rôle transférentiel du père ou de la mère. Il faut savoir que lors du jeu de cette pièce, il ya des réalités de base, des blessures, des failles qui s'expriment et qu'il est difficile d'envisager de les effacer tant elles font partie de la cohérence de notre propre histoire. Ceux qui en prennent conscience repartent, du fait seulement d'avoir été entendu, avec un regard différent qui, espérons-le, leur permettra d'en tirer le meilleur parti pour reconstruire ce qui leur semble convenir. J'aime à penser qu'ils continuent leur pratique différemment là où ils l'ont laissée. Donner à cette histoire la possibilité de grandir sur les traces de l’expérience du maître avec ce qu’il est : un homme ordinaire pas très ordinaire.
Mais il y a malheureusement ceux qui viennent pour tirer sur le maître, à défaut de pianiste. La question de la cohérence posée cache en réalité un état de fragilité dû à une déception qui prend racine dans l'idée saugrenue que le maître devrait être à leur yeux l'assurance de l'intégrité de l'image sociale qu'ils se font d'eux-mêmes. Ils sont figés dans une histoire à répétition. La réalité qui leur parvient est irrationnelle et ils ne peuvent lui faire face. Ne pouvant plus se fier à l’intellection, ils perdent confiance en eux même et s’en prennent à l’autre. Ils sont dans l'incapacité, par le bon droit dont ils pensent être dépositaires, de percevoir sans aucun jugement que l'histoire de la relation s'écrit non seulement avec les manquements des personnes qui font partie de leur vie, mais aussi avec les leurs.
Parviennent-ils, après l’entretien, à modifier leur regard ou à donner du sens à leur histoire ? On peut en douter. Pourquoi ? - Certains manient l’argumentation ad hominem à la perfection. Mais dans un autre temps, un autre espace, qui sait ? Car je m’interdis à penser que l’Homme soit un animal ridiculement stupide au point de se faire du mal en se tapant la tête contre les murs – les autres.
Commentaires
-------
ZEN BOOK CENTRE ZEN SOTO DE GENEVE © 2007
ESBN 60549-050302-162622-25 BOULLI EDITIONS
Le Texte de cette page est protégé
par les lois sur la propriété intellectuelle;
la reproduction partielle ou intégrale est interdite sans autorisation formelle.
Certifié : sans plagiat
Envoyer à un ami
Si vous voulez intervenir, il vous faudra nous écrire par le biais de la page "Contact".
Aucun commentaire pour le moment.